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Le digital, nouvelle arme dans la reconnaissance des viols en temps de guerre

Dans le cadre de ShareIT, le programme Tech for Good de Station F à Paris, InTech et EBRC accompagnent le projet We Are Not Weapons of War. Celui-ci entend recourir au digital pour lutter contre les violences sexuelles perpétrées dans le cadre de conflits armés. La mise en œuvre d’une plateforme digitale sécurisée doit permettre de recueillir les signalements de ces exactions, de venir en aide aux victimes et d’instruire des dossiers pour, enfin, envisager une réparation judiciaire.

Céline Bardet est juriste et enquêtrice internationale spécialisée dans les crimes de guerre. En 2014, elle fonde l’ONG We Are Not Weapons of War (WWoW). Souvent bien éloignée du monde technologique, elle passe une grande partie de sa vie dans des zones de conflits. « Je vais sur le terrain, à la rencontre des victimes, notamment pour recueillir des éléments pouvant servir à la poursuite de violences et crimes commis envers des peuples », explique-t-elle. Depuis plusieurs années, ce sont les violences sexuelles perpétrées dans le cadre de conflits qui la préoccupent. « Face à ces crimes, nous sommes confrontés à plusieurs problèmes. D’abord, les victimes se trouvent le plus souvent contrôlées par des groupes armés, avec peu de liberté de mouvement, au point d’être dans l’impossibilité de se rendre chez un médecin. Suite à ces actes de violence, au trauma physique et psychique qui en découle, il y a aussi un risque de stigmatisation au sein de la communauté, un sentiment de honte, qui fait que les victimes préfèrent se taire », commente la juriste. L’action de WWoW vise à éduquer et informer sur le viol en tant qu’arme de guerre dans les conflits, à accompagner les institutions locales dans le processus judiciaire, à soutenir les victimes en travaillant sur le trauma et leur réhabilitation.  

 

La technologie pour venir en aide aux victimes

« La situation des victimes, l’impossibilité pour elles de se déplacer, rend difficile le signalement de ces actes odieux, et au final, leur poursuite devant un tribunal international », commente Céline Bardet. La juriste et entrepreneuse sociale, souhaite remédier à cette situation en recourant notamment aux technologies digitales. WWoW a intégré l’incubateur ShareIT, à Paris, avec l’intuition que le numérique pourrait être mis au service de cette cause humanitaire. « Contrairement aux idées véhiculées en Europe, les personnes dans les pays concernés par ces agressions sont bien connectées, avec des tablettes, des smartphones, la 3G. Il y avait, à mes yeux, un moyen d’utiliser la technologie pour recueillir les signalements de ces actes, tout en veillant à la sécurisation des échanges, pour pouvoir ensuite mieux aider ceux qui en sont victimes », explique-t-elle.

 

Une plateforme pour signaler les problèmes

Dans le contexte de ShareIT, en collaboration avec InTech et EBRC, partenaires du programme, WWoW a donc imaginé une nouvelle application. « La volonté est de donner un outil adapté aux personnes concernées par ces actes, les victimes elles-mêmes ou les témoins, précise Céline Bardet. L’idée est de mettre l’outil entre les mains de la victime, en respectant sa volonté de se signaler ou non, en veillant à la protéger. Pour chaque alerte, nous sommes prévenus à Paris, où nous récoltons les informations, qui ne sont pas stockées ou visibles sur le téléphone de la victime, et pouvons mettre en place des procédures pour l’aider. » L’idée est d’avoir une solution globale à impact local. Pour chaque signalement, des relais locaux peuvent être mobilisés pour venir en aide aux victimes avec leur consentement, comme le médecin le plus proche. Et, au-delà, la consolidation des signalements et des informations permet de monter des dossiers qui pourront être défendus devant la justice.

 

Un enjeu de sécurité fort

WWoW a pu compter sur l’expertise d’InTech et d’EBRC pour concrétiser cette plateforme. Les deux sociétés luxembourgeoises ont envisagé ensemble le développement de la solution devant répondre aux besoins spécifiques de WWoW.

« Il y a un enjeu de sécurité fort. Les témoins ou victimes doivent pouvoir se signaler de manière sécurisée. L’interface a donc été pensée pour être facile à utiliser et ne laisser aucune trace sur le téléphone. A travers elle, chacun peut signaler une violence sexuelle, renseigner les informations essentielles et transmettre des documents relatifs à la situation, comme des photos des blessures par exemple, explique Fabrice Croiseaux, CEO d’InTech. Il est aussi important que les documents transmis ne puissent pas être interceptés par d’autres acteurs en lien avec ces exactions, par exemple. « La solution met en œuvre les technologies récentes, et a notamment recours à la blockchain pour garantir l’intégrité des signalements et des documents transmis. »

 

Garantir la protection de données critiques

La plateforme est hébergée au sein des Data Centres d’EBRC au Luxembourg, acteur européen spécialisé dans le domaine de la gestion de l’information sensible. Son expertise permet de garantir la protection des échanges ainsi que l’intégrité des documents reçus, afin de s’assurer qu’ils soient recevables devant un tribunal, et ce même si le procès devait intervenir plusieurs années après les événements. « Depuis toujours, notre mission est de créer la confiance dans les services numériques, notamment en développant une expertise dans la gestion et la protection des données sensibles, en garantissant la sécurisation et la disponibilité du service, assure Yves Reding, CEO d’EBRC. En l’occurrence, on parle ici de données extrêmement critiques, dont dépend la vie de personnes se trouvant dans des situations dangereuses à travers le monde. D’autre part, l’espoir d’une réparation pour les victimes, qui entre en résonance directe avec l’une de nos valeurs fondamentales qu’est la résilience est aussi directement lié à la préservation de ces informations. »

 

EBRC, partenaire de ShareIT et du projet "We Are not Weapons of War" a été récompensé aux Trophées de la Transformation Numérique 2018, à Paris

A travers Share IT et le projet développé au service de WWoW, InTech et EBRC démontrent que l’on peut innover avec le numérique pour répondre à des défis de nos sociétés au service de l’humain. « Ce projet est la preuve que l’écosystème d’acteurs digitaux fédérés autour de Share IT, parmi lesquels se trouvent les deux acteurs luxembourgeois que nous sommes, peut parvenir à créer une vraie valeur ajoutée au moyen de la technologie pour mieux servir une cause mondiale essentielle », conclut Yves Reding.

 

Par Sébastien Lambotte, IT Nation Mag – Edition printemps 2018