- October 08, 2021
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Quand le Luxembourg et… AWS et WhatsApp réagissent au scandale Pegasus/NSO
Le 18 juillet, 17 médias internationaux regroupés au sein de «Forbidden Stories», en collaboration avec Amnesty International, ont révélé comment Pegasus, un logiciel commercialisé par la société israélienne NSO Group permettant d’espionner n’importe quel téléphone, a visé partout dans le monde des journalistes, des militants des droits de l’homme, des syndicalistes, des avocats et des personnalités politiques, entre autres, pour le compte de plusieurs États. Une affaire retentissante dont les répercussions se sont fait ressentir jusqu’au Grand-Duché et qui ont fait réagir plusieurs acteurs du secteur des nouvelles technologies.
Dans un communiqué de presse, le ministre luxembourgeois des Affaires
étrangères et européennes, Jean Asselborn, a indiqué que le groupe NSO, basé à
Tel Aviv en Israël, est présent au Luxembourg, outre les deux entités OSY
Technologies SARL et Q Cyber Technologies SARL, également par les sept entités
Triangle Holdings SA, Square 2 SARL, Novalpina Capital Partners SARL, Novalpina
Capital Group SARL, NorthPole Holdco SARL, NorthPole Bidco SARL et NorthPole
Newco SARL. «Aucune demande des entités liées au groupe NSO au Luxembourg
pour une licence d'exportation de produits de cyber-surveillance n'a été reçue
à ce jour. Toutes les entreprises au Luxembourg ont un devoir de diligence qui
les oblige à prendre contact avec les autorités compétentes pour des
transactions qui tombent ou pourraient tomber sous les règles en vigueur
concernant l'exportation de produits liés à la défense et de biens à double
usage et à demander le cas échéant une licence d'exportation. Le transfert
intangible de technologies à double usage est également couvert par ces règles»,
indique le communiqué.
Le ministre Jean Assemborn a dans la foulée transmis une lettre «aux
dirigeants des sociétés affiliées à NSO Group pour leur rappeler que le
Luxembourg applique à la lettre toutes les obligations en matière de contrôle
des exportations et ne tolérerait pas que des opérations de ces entités à
partir du Luxembourg contribuent à des violations des droits de l'Homme dans
des pays tiers».
[Les biens et technologies à double usage (ou biens à double usage ou
encore technologies à double usage ou technologies duales) sont des produits et
technologies, y compris les logiciels, initialement conçus pour un usage civil
et susceptible d'être détourné par leur utilisateur à des fins militaires,
terroristes, ou d'abus des droits de l'Homme.]
AWS ferme les serveurs de NSO Group
Par ailleurs, au-delà des conséquences politiques et diplomatiques des
révélations de «Forbidden Stories», certains acteurs économiques du
secteur des technologies de l’information et de la communication ont également
réagi au scandale Pegasus. Ainsi, le spécialiste du cloud computing Amazon Web
Services (AWS) a fermé les serveurs de NSO Group, qui commercialise le logiciel
espion. "Lorsque nous avons appris cette activité, nous avons rapidement
agi pour fermer l'infrastructure et les comptes concernés", a déclaré un
porte-parole du géant américain au média Vice.
Amnesty International et Citizen Lab, un laboratoire de recherche rattaché
à l'université de Toronto, ont découvert au fil de leurs travaux que
NSO Group utilisait «largement» les services d'Amazon pour infecter les
téléphones des victimes, en particulier CloudFront. Il s'agit d'un CDN (content
delivery network), c'est-à-dire un ensemble de serveurs permettant de réduire
les temps de chargement du contenu des pages web en réduisant la distance
physique entre le serveur et l'utilisateur. Pour ses activités, NSO Group
s'appuierait également sur l'infrastructure du français OVH ainsi que celle des
américains Linode et Digital Ocean, d'après Amnesty International.
Une faille dans WhatsApp utilisée pour infecter
les téléphones en 2018
Le directeur général de la plateforme de messagerie WhatsApp, Will
Cathcart, a affirmé que le mode opératoire du logiciel espion Pegasus est
similaire à celui du piratage de 1400 utilisateurs subi en 2018 et découvert en
2019, rapportent les médias Presse-Citron et L’Usine digitale. Facebook, maison
mère de WhatsApp, avait d’ailleurs porté plainte en octobre 2019 contre NSO
Group.
Will Cathcart a révélé dans une interview au journal britannique The Guardian
de nouveaux détails concernant la cyberattaque de 2018, qui proviendrait de
logiciels espions du groupe NSO. «Les rapports correspondent à ce que nous
avons vu lors de l’attaque que nous avons vaincue il y a deux ans, ils sont
très cohérents avec ce que nous révélions», souligne-t-il. Selon le directeur
général de l’application de messagerie, de hauts responsables gouvernementaux
du monde entier – y compris des personnes occupant des postes de haute sécurité
nationale qui sont des «alliés des États-Unis» – ont été la cible de
gouvernements avec des logiciels de NSO lors de l’attaque de 2018.
Le CEO de WhatsApp met en cause la sécurité des
smartphones
Selon Will Cathcart, les marques de smartphones sont responsables de ces failles de sécurité. «Cela devrait être un signal d’alarme pour la sécurité sur internet», a indiqué le directeur général. «Soit les téléphones portables sont sûrs pour tout le monde, soit ils ne le sont pour personne», a-t-il ajouté.