- April 24, 2021
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Les enjeux et défis portés par la collecte des métadonnées
Dans un monde ultra connecté où l’on recense autant de cartes SIM que de personnes soit plus de 7,3 milliards, la masse de données collectées, notamment par les géants du web, ne cesse d’augmenter. Cependant, c’est désormais aux métadonnées que s’intéressent ces mastodontes, et celles-ci impacteront sans aucun doute les individus et les entreprises. Pour BEAST, Renaud Vanderoost, Information & Governance Expert chez POST Luxembourg présente les différents enjeux et défis qui découlent de l’avènement des métadonnées.
«La métadonnée permet de décrire une information, un objet, une utilisation» débute Renaud Vanderoost, avant de préciser : "Il n’y a pas de distinction brutale avec une donnée dite 'classique' car une métadonnée, comprenez la façon dont les gens consultent l’information, par exemple via un article de presse, devient à son tour une donnée".Effectivement, ces dernières années, c’est bien la façon dont les gens prennent connaissance de l’information qui intéresse les acteurs du monde du web ; recoupé avec d’autres métadonnées, cela peut devenir un outil formidable. Facebook, Google, Twitter le font automatiquement, nous en sommes conscients, car lors d’une inscription sur de tels sites ou réseaux sociaux, impossible d’ignorer les conditions d’utilisation. Même si la façon dont le réseau social créé par Mark Zuckerberg utilise ces métadonnées est très floue, les possibilités sont illimitées selon Renaud Vanderoost."Elles pourront par exemple être utilisées à des fins de prévention des risques pour les sociétés d’assurance, en ayant plus d’informations sur leur public cible, mais également par tout type d’entreprise commerciale qui souhaite avoir des informations de qualité sur sa cible".
Pour le spécialiste de la documentation et de l’optimisation des flux d’informations, le constat est sans appel :"Aujourd’hui, il est très facile pour les sociétés qui collectent de telles métadonnées d’avoir un aperçu extrêmement précis de la vie des individus… comme des entreprises". Concernant la collecte de masse, Renaud Vanderoost cite l’exemple d’une application météo : l’application affiche la température, mais suit également vos déplacements, et, recoupées avec les informations que certaines sociétés collectent, l’intérêt des métadonnées est alors grandissant."Connaître simplement les endroits où vous vous rendez n’est pas forcément utile, mais une fois que l’on peut vous identifier, que l’on connait votre adresse e-mail et que l’on sait pour qui vous travaillez, on a effectivement une vue quasi globale de vos faits et gestes, au jour le jour" ajoute Renaud Vanderoost. Et le marché des métadonnées existe déjà : certaines rachètent ces informations à Google, Apple, Facebook, mais aussi aux applications telles qu’Angry Birds ! Pour l’expert de POST Luxembourg, ces métadonnées ne constituent pas de danger quand il s’agit d’une utilisation personnelle : "Les contenus des sites marchands seront personnalisés, le véritable danger réside dans le fait qu’elles soient stockées : quelle utilisation en fera-t-on dans 5 ou 10 ans ?" s’interroge Renaud Vanderoost.
"Par contre, il y a un véritable danger d’espionnage industriel" précise celui qui officie chez POST depuis maintenant 4 ans, en précisant que si l’on récoltait des métadonnées sur le comportement de la flotte de commerciaux d’une entreprise en traçant leur GSM, on pourrait avoir une bonne idée du fonctionnement de cette société. La protection totale est alors presque impossible, à moins de supprimer toutes les applications des devices. Les entreprises, pour se protéger, doivent avant tout se poser les bonnes questions, et cela passe par une prise de conscience : "quelles informations sont sensibles au sein de ma société ? Quelle est ma valeur ajoutée par rapport à mes concurrents ?".
Comme le confirme Renaud Vanderoost, il ne suffit plus de protéger son bâtiment ou son système d’informations à partir du moment où tous les employés ont des smartphones et des tablettes. Il suggère ainsi d’intégrer ces problématiques dans toutes les politiques de sécurité et éventuellement d’avoir une personne dédiée qui identifie l’ensemble des métadonnées qui pourraient être collectées, ainsi que leur impact potentiel. Un travail de longue haleine, mais sans doute nécessaire selon Renaud Vanderoost. "Mais, comme toute nouvelle technologie, les bénéfices de l’utilisation de ces métadonnées peuvent être énormes, notamment en terme de santé publique" souligne-t-il. En effet, le fait de collecter autant de données sur la vie quotidienne ou les produits achetés et consommés, permettra probablement de détecter des maladies de manière précoce. Autre point important, aujourd’hui ce sont les algorithmes qui donnent leur valeur aux métadonnées : "Ces moulins à données vont continuer à apparaître et il est fort probable qu’émerge un véritable marché des algorithmes". Cependant, ils ne vont pas faire disparaître les données, les uns ne se substituant pas aux autres.
La législation sur la protection des données personnelles a, quant à elle, été mise à jour en 2015, et le Luxembourg s’inscrit dans cette tendance de règlementation. Il est cependant important de rappeler que cette loi n’interdit en aucun cas l’utilisation des données personnelles, elle la règlemente en mettant un principe de proportionnalité dans leur utilisation. Par contre, lors de l’inscription à un réseau social, chaque utilisateur accepte les conditions d’utilisation des données, mais la manière dont ces sites utilisent les métadonnées reste un mystère. "Nous pourrons peut-être déterminer un jour que la proportionnalité n’a pas été respectée, mais aujourd’hui, nous ne connaissons pas l’utilisation exacte qui en est faite. Il est donc difficile d’agir" ajoute Renaud Vanderoost. Une vision plus claire est donc nécessaire : "Est-ce que les photos que je poste sur un réseau social peuvent-elles être utilisées pour augmenter le prix de mon assurance voire même me coûter un emploi ?". La question mérite d’être posée.
Propos recueillis par Alexandre Keilmann
Cet article a déjà fait l'objet d'une publication dans BEAST Magazine #4 / www.beastmagazine.lu